La Coordination des intermittents et précaires doit être relogée



NOUS AVONS BESOIN

DE LIEUX POUR

HABITER LE MONDE

À l'été 2003, le mouvement des intermittents et précaires s'opposait massivement à une restructuration de l'assurance-chômage instaurant un principe de capitalisation individuelle des droits sociaux. Profondément excluante et inégalitaire, cette contre-réforme visait à détruire le principe de mutualisation des ressources qui, à travers les annexes 8 et 10 de l'UNEDIC, caractérisait jusque-là l'intermittence.

Les intermittents et précaires font grève dans de nombreux festivals (notamment à Avignon), manifestent, s'invitent sur le plateau du JT de France 2, occupent des ministères, le Medef, l'Unedic... C'est dans ce contexte que le 14 quai de Charente est obtenu de la Mairie de Paris en novembre 2003. Dans le prolongement de ce refus initial de l'individualisation et de la concurrence de tous contre tous, cet espace est devenu, par la force des choses, un point d'appui pour diverses formes d'action, de pensée, d'accueil, de fabrication ; il est un lieu de lutte et de convivialité, hors du circuit marchand.

Il abrite des permanences sociales d'information et de défense des droits auxquelles se sont adressés, pour l'heure, plus de 3000 intermittents, chômeurs et précaires. Autant de pratiques d'entraide à partir desquelles s'engagent des initiatives collectives face aux institutions (CAF, Pôle emploi) et aux employeurs. Dans un contexte d'insécurité sociale croissante, ces permanences permettent de débloquer des centaines de dossiers litigieux, de faire respecter des droits, d'annuler des « indus » et des radiations. En lien avec d'autres collectifs, la coordination contribue à une campagne d'actions qui vise à enrayer la machine à précariser que constituent la mise en place de Pôle emploi et l'instauration du RSA.

Depuis trois ans, une Université Ouverte s'y invente, centrée sur l'analyse du néolibéralisme, ainsi qu'une recherche collective à laquelle sont associés des chercheurs, sur les mutations et les enjeux de l'intermittence et de la précarité. Des films y sont conçus et réalisés. Il abrite également une cantine, des cours de sport, une bibliothèque, des concerts, des projections, des lectures... Le prix libre et la gratuité sont de principe. De multiples collectifs en lutte s'y réunissent, s'y organisent et s'y côtoient : travailleurs sociaux, féministes et anti patriarcaux, sur le refus de l'enfermement, contre culturels, de lutte contre le racisme et les discriminations, compagnies de théâtre, de résistance à la criminalisation, antifascistes, media alternatifs...

Alors que les structures syndicales peinent à prendre en compte les besoins et les aspirations d'un précariat en expansion, ce lieu fait figure, mutadis mutandis, de nouvelle Bourse du travail, une Maison des précaires - des étudiants aux sans-papiers - où se créent des formes d'auto-organisation. Ce lieu de coopération sociale, politique, culturelle, est aujourd'hui un creuset d'expériences, de pratiques et de rencontres où des transversalités s'inventent quand tout travaille à établir des séparations.

La Mairie de Paris motive l'expulsion de la Coordination par l'aménagement de la ZAC Claude Bernard, au coeur d'un gigantesque projet urbain de 200 hectares, qui fait la part belle aux bureaux et aux logements privés et « intermédiaires » réservés aux classes moyennes et aisées. Après avoir proposé deux solutions de relogement qui ne permettaient pas le maintien a minima des activités existantes, la Ville de Paris assigne la CIP-idf au tribunal. À l'instar des chômeurs menacés de radiation dès lors qu'ils osent refuser deux « offres raisonnables d'emploi », même dans des conditions dégradées et sous payées, il faudrait, sous la menace d'une expulsion et de lourdes pénalités financières, se montrer, là aussi, raisonnables et accepter des propositions aussi inadéquates qu'impératives.

Dans cette ville de riches où vivent tant de pauvres, la municipalité finance des projets coûteux et de «prestige» tels le 104 rue d'Aubervilliers ou la future Halle Pajol. Mais elle n'aurait ni les moyens ni la place de concéder aux intermittents, aux chômeurs et aux précaires des lieux d'organisation et d'activités, ouverts à tous ?

Nous savons qu'il n'en est rien et que c'est affaire de décision politique.

Nous nous opposons à la mise à mort de cette expérience de fabrication et de partage. La Coordination des Intermittents et Précaires ne doit pas être expulsée sans un relogement qui permette le maintien et le développement des activités en cours.

Signataires :

AC!, Alençon Perche, Nantes, Meurthe-et-Moselle, Laurent Achard, réalisateur, Acrimed, Observatoire des médias, Act-up Paris, association activiste de lutte contre le VIH/sida, Jean-Marc Adolphe, Revue Mouvement, Philippe Aigrain, essayiste, Chantal Akerman, cinéaste, Sandra Alvarez de Toledo, Les éditions L'Arachnéen, Anne Alvaro, comédienne, metteur en scène, Solveig Anspach, cinéaste, APCD, Action des précaires et chômeurs de Dordogne, APEIS, association de chômeurs, L’appel et la pioche, Collectif Barricata, collectif antifasciste radical, François Barrat, cinéaste, Thierry Baudouin, sociologue CNRS, Mathieu Bauer, metteur en scène, Thomas Bauer, réalisateur et enseignant (ESBA, Angers), Yann Beauvais, cinéaste, François Bégaudeau, écrivain, Alain Béhar, écrivain et metteur en scène, Beb Deum, graphiste, Miguel Benasayag, philosophe, psychanalyste, Cecilia Bengolea, danseuse-chorégraphe, Bertrand Binoche, philosophe, professeur à Paris 1, les Blérôts de Ravel, musiciens, Jean Boillot, metteur en scène, directeur du Centre Dramatique National Thionville-Lorraine, Jacques Bonnaffé, comédien, Irène Bonnaud, metteur en scène, Nicolas Bouchaud, comédien, Christophe Boulanger, commissaire d'exposition, conservateur chargé de la collection d'Art brut au L.A.M., Lille Métropole, Benoît Bradel, metteur en scène, Jean Breschand, cinéaste, Julie Brochen, comédienne, metteur en scène, directrice du TNS, Jean-Christophe Brochier, éditeur (Seuil), Alain Brossat, philosophe, Rodolphe Burger, musicien, Dominique Cabrera, cinéaste, Nicole Caligaris, écrivain, Olivier Cadiot, écrivain, Pascale Canivet, coordinatrice générale de la Fédération des arts de la rue, Laurent Cantet, cinéaste, France Cartigny, chanteuse Laurence Chable, comédienne, François Chaignaud, danseur et chorégraphe, Boris Charmatz, chorégraphe, Hélène Chatelain, réalisatrice, Anne-James Chaton, écrivain, Sarah Chaumette, comédienne, Yves Chevallier, directeur de l’EPCC du Château de La Roche-Guyon, Sonia Chiambretto, écrivain, Collectif de chômeurs et précaires de l’Essonne, Collectif de précaires de Tours, Dominique Collignon Morin, comédien, Michèle Collin, sociologue, CNRS, Coordination 75 des sans papiers, Jean-Louis Comolli, cinéaste, Jean-Louis Coulloc'h, comédien, CNT éducation-93, CNT Supérieur Recherche, Combien faut-il de féministes,Collectif féministe de trans, gouines et pédés, Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte, François Cusset, philosphe, Gilles David, comédien, Guillaume Delaveau, metteur en scène, Sébastien Descoins, monteur, Vincent Dieutre, cinéaste, Claire Diterzi, chanteuse, Bernard-Pierre Donnadieu, comédien, Matthieu Doze, danseur, Valérie Dréville, comédienne, Gérald Dumont, metteur en scène, Vincent Epplay, plasticien/musicien, EriKm, musicien, plasticien, ESC-atelier, centre social á Rome, Bertrand Faivre, producteur de cinéma, Fantazio, musicien, Anne-Marie Faux, cinéaste, Catherine Ferran, comédienne, sociétaire honoraire de la Comédie Française, Caryl Ferey, écrivain, Les Fils de Teuhpu, musiciens, Pierre Fourny, metteur en scène groupe Alis, Alain Françon, metteur en scène, Audrey Gaisan, danseuse, Philippe Garrel, cinéaste, La Générale Nord-Est, laboratoire de recherches et de créations dans les domaines artistiques, culturels et sociaux, Sylvie Gracia, écrivain et éditrice (éd. Du Rouergue), Denis Gheerbrant, cinéaste, Hervé Haine, chanteur, Eric Hazan, écrivain et éditeur (éd. La Fabrique), Régis Hébette, metteur en scène, directeur du théâtre de l’Échangeur, Bagnolet, Louis Heckel, metteur en scène, directeur artistique de la Nef à Pantin, Judith Henry, comédienne, Philippe Henry, maître de conférence, Université Paris 8, Rémy Héritier, danseur chorégraphe, Catherine Hiegel, comédienne, Thomas Hirschhorn, plasticien, HNS-info, hacktivist news service, Michel Husson, économiste, membre du conseil scientifique d'Attac, Emmanuelle Huynh, chorégraphe, Hugues Jallon, éditeur (La Découverte), Yves Jamait, chanteur, Agnès Jaoui, comédienne et cinéaste, Chantal Jaquet, philosophe, professeur à Paris 1, Daniel Jeanneteau, metteur en scène, Laurent Jeanpierre, sociologue, Cie Jolie Môme, (Théâtre de la belle Etoile), Bernard Joubert, journaliste, Hervé Joubert-Laurencin, Professeur d'études cinématographiques et Directeur du Centre de Recherches en Arts de l'Université de Picardie, Bernard Joyet, chanteur, Kent, musicien, Maylis de Kerangal, écrivain, Yannick Kergoat, monteur, Cédric Klapisch, cinéaste, André S. Labarthe, cinéaste, Benoît Lachambre, chorégraphe, Joris Lacoste, écrivain, Mathias Langhoff, metteur en scène, Chantal Lamarre, directrice d'établissement artistique et culturel, Benoît Lambert, metteur en scène, Joëlle Léandre, musicienne, Flore Lefèbvre des Noëttes, comédienne, Arnaud Lemarchand, économiste, Université du Havre, Valérie Leroux, Directrice MJC Bréquigny, David Lescot, écrivain et metteur en scène, Joëlle Losfeld, éditeur (éd. Joëlle Losfeld), Jean-Baptiste Malartre, comédien, sociétaire de la Comédie Française, Henri Maler, philosophe, maître de conférences à l'Université de Paris 8, Jean-Paul Manganaro, traducteur, Philippe Mangeot, enseignant, M.A.P (Ministère des affaires populaires), musiciens, Maguy Marin, chorégraphe, René Marion, ex directeur du Centre National des Arts de la Rue de Cognac et chômeur, Jean-Charles Massera, écrivain, Xavier Mathieu, chômeur Conti, Frédérique Matonti, Professeure de Science politique, Université Paris 1, Stéphane Maugendre, président du GISTI, Laurence Mayor, comédienne, MCPL, Mouvement des chômeurs et précaires en lutte de Rennes, Daniel Mesguich, metteur en scène et Directeur du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique (CNSAD), Pierre Meunier, auteur, metteur en scène, Graziella de Michele, chanteuse, Corine Miret, danseuse, Dominik Moll, cinéaste, Mathilde Monnier, chorégraphe, Frédérique Moreau, scénariste, Yann Moulier Boutang, économiste, Mouvement des quartiers pour la justice sociale, Valérie Mréjen, écrivain, vidéaste et plasticienne, Revue Multitudes, Mourad Musset, musicien-chanteur, Toni Negri, philosophe, Charlie Nelson, comédien, Alexander Neumann, sociologue, Institut für Sozialforschung de Sarrebruck, Mico Nissim, pianiste, Stanislas Nordey, metteur en scène, Charlotte Nordmann, philosophe, Bertrand Ogilvie, philosophe, psychanalyste, Stéphane Olry, comédien, auteur, metteur en scène, Véronique Ovaldé, écrivain et éditrice (Albin Michel), Yves Pagès, éditeur (Verticales), Aline Pailler, productrice à France Culture, Les panthères roses, collectif de gouines trans et pédés féministes et contre l\ordre moral, Célie Pauthe, metteur en scène, Catherine Perrier, chanteuse, chercheuse, enseignante, Didier Petit, violoncelliste, Évelyne Perrin, sociologue, Mickaël Phelippeau, danseur chorégraphe, Hervé Pierre, comédien, pensionnaire de la Comédie Française, Philippe Pignarre, éditeur (Les empêcheurs de penser en rond), Jean-François Platet, éditeur (éd. Baleine noire), Mathieu Potte-Bonneville, philosophe, Serge Quadruppani, écrivain, Jacques Rancière, philosophe, Jacques Rebotier, écrivain et metteur en scène, Regarde à vue, collectif vidéo activiste, Judith Revel, philosophe, maître de conférence, Université Paris 1, Sébastien Roux, musicien (IRCAM), La Rue Kétanou, musiciens, Jean-Yves Ruf, metteur en scène, Christophe Ruggia, cinéaste, Valérie de Saint-Do, journaliste, revue Cassandre, Lucia Sagradini-Neumann, sociologue, Stéphane Sanseverino, chanteur, Anne Sauvagnargues, philosophe, ENS Lyon, Sauvons La Recherche, SCALP 87 Limoges Zineb Sedira, artiste contemporaine, René Schérer, philosophe, Sinsemilia, musiciens, Jean-François Sivadier, metteur en scène, Eyal Sivan, cinéaste, directeur de Recherche University of East London, Joy Sorman, écrivain, Isabelle Stengers, philosophe, Jean-Marie Straub, cinéaste, SUD Culture Solidaires, SUD étudiants, Sud-Solidaires Pôle emploi, Ile-de-France, Surnatural Orchestra, musiciens, Anne Sylvestre, chanteuse, Synavi Ile-de-France, François Tanguy, metteur en scène, Théâtre du Radeau, Le Mans, Nils Tavernier, réalisateur, comédien, Jean-Pierre Thorn, cinéaste, Toile libre, Camille de Toledo, écrivain, Rémy Toulouse, éditeur (éd. Les Prairies ordinaires), Loïc Touzé, chorégaphe, Claudia Triozzi, chorégraphe, Eva Truffaut, comédienne, Les Tumultueuses, groupe féministe, Union des scénographes, Revue Vacarme, Jérôme Vidal, éditeur (Ed. Amsterdam) et directeur de publication (La Revue Internationale des Livres et des idées), Hélèna Villovitch, écrivain et vidéaste, Jean-Pierre Vincent, metteur en scène, Les Wampas, musiciens, Gérard Watkins, comédien, auteur, metteur en scène, Isabelle Weingarten, comédienne...

8172 signatures. Voir les autres signataires : liste chronologique, liste alphabétique.

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Envoyez la pétition à vos contacts !

Signez la pétition

La coordination a dû déménager le 5 mai 2011 pour éviter une expulsion et le paiement de près de 100 000 € d’astreinte. Provisoirement installés dans un local exigu, nous vous demandons de contribuer activement à faire respecter l’engagement de relogement pris par la Ville de Paris. Il s’agit dans les temps qui viennent d’imposer un relogement qui permette de maintenir et développer les activités de ce qui fut de fait un centre social parisien, alors que le manque de tels espaces politiques se fait cruellement sentir.

Pour contribuer à la suite :

Nous sommes tous des irréguliers de ce système absurde et mortifère.
Pour ne pas se laisser faire, agir collectivement :
Permanence CAP d’accueil et d’information sur le régime d’assurance-chômage
des intermittents du spectacle, lundi de 15h à 17h30.
Envoyez questions détaillées, remarques, analyses à cap@cip-idf.org
Permanences précarité, lundi de 15h à 17h30.
Adressez témoignages, analyses, questions à permanenceprecarite@cip-idf.org

À la CIP, 13 bd de Strasbourg, M° Strasbourg Saint-Denis
Tél 01 40 34 59 74

Pour soutenir la coordination des intermittents et précaires, envoyez vos chèques à l’ordre de AIP à la CIP-IdF, 13 bd de Strasbourg, 75010 Paris.
Sur demande une attestation peut vous être fournie

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